La récente victoire du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, 78 ans, lors d'une élection quasi-calamiteuse qui lui a permis d'obtenir un troisième mandat sans précédent, que l'opposition juge illégale, pourrait ouvrir la voie à une reconstitution des crises politiques qui ont secoué ce pays aujourd’hui profondément fracturé.

WINSTON Churchill, Premier ministre britannique accompli en temps de guerre, avait averti dans son discours épique de 1937 intitulé "Armistice ou paix", que descendre du dos d'un tigre pouvait être mortel. Il avait correctement perçu que les développements politiques et militaires de cette période étaient inquiétants, et que les dictatures émergentes étaient particulièrement dangereuses.

« Les dictateurs vont et viennent sur le dos des tigres dont ils n'osent pas descendre. Et les tigres ont faim ».

Les analystes comparent les pas de danse du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Quattara, à l'occasion de la victoire écrasante, dans ce qui ressemble à une élection chorégraphiée le week-end dernier, à une chevauchée sur le dos du tigre. Le fait qu'il ait obtenu un troisième mandat controversé ouvre la voie à une nouvelle série de crises politiques dans un pays qui vient de sortir des cendres de deux guerres civiles.

Le président de la Commission électorale, Ibrahim Coulibaly-Kuibiert, a déclaré mardi matin que Ouattara était le vainqueur,

avec plus de 3 millions de voix, soit 94,27 % du total, un peu plus de la moitié de tous les électeurs éligibles ayant voté.

Bien que le Conseil constitutionnel doive encore valider les résultats des élections et déclarer un vainqueur après avoir entendu toute plainte ou contestation, Ouattara a obtenu cette victoire apparente dans une atmosphère de violence et de boycott par deux principaux leaders de l'opposition au prix de la vie d’au moins 40 personnes.

Sous l'attrait et les pièges du pouvoir, Ouattara semble ignorer les circonstances qui l'ont porté au pouvoir, et conduit son prédécesseur, Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale (CPI).

Les principaux candidats de l'opposition, l'ancien président Henri Konan Bédié et l'ex-premier ministre Pascal Affi N'Guessan (désormais sous mandat dépôt) pour « sédition », affirment qu'ils ne reconnaissent pas la victoire de Ouattara, et que le vote a été biaisé parce qu'ils ont appelé au boycott de l'élection du 31 Octobre 2020.

Ils insistent également sur le fait que la candidature de Ouattara pour un troisième mandat est illégale car elle viole la constitution, qui permet aux présidents de servir deux mandats. M. Ouattara a cependant rejeté cette idée, affirmant que l'approbation d'une nouvelle constitution en 2016 lui permettait de briguer un troisième mandat.

L'opposition a annoncé tard lundi la formation d'un conseil de transition pour aider à créer un gouvernement alternatif. La Commission électorale a indiqué mardi que le taux de participation de samedi était de 53,9 %, mais l'opposition a soutenu que seulement un maigre 10 % des électeurs ivoiriens ont participé, affirmant que le conseil définirait un schéma directeur pour "une élection présidentielle juste, transparente et inclusive".

Les observateurs internationaux valident cette affirmation, déclarant qu'une frange importante de la population n'a pas voté par rapport aux précédentes élections présidentielles". "Ces problèmes menacent l'acceptation des résultats par la population et la cohésion du pays", selon une déclaration de la mission d'observation menée par le Centre Carter et l'Institut pour la démocratie durable en Afrique.

Les forces de sécurité ont dispersé les partisans de l'opposition avec des gaz lacrymogènes tandis que les manifestants ont érigé des barricades dans les rues mardi après que le président Alassane Ouattara ait été déclaré vainqueur d'un troisième mandat controversé d'une élection très contestée.

Les troubles se sont intensifiés alors que les autorités fidèles au gouvernement d'Alassane Ouattara se servent de la police pour faire un blocus sur toutes les résidences des principaux leaders de l’opposition.

Poussant pratiquement le pays au bord du précipice, Guillaume Soro, un ancien chef rebelle qui a été empêché de se présenter aux élections présidentielles, a appelé les militaires à désobéir au président Ouattara et à soutenir un gouvernement de rupture rival au lendemain de l'élection présidentielle confuse que l'opposition juge illégale.

Soro, leader des rebelles qui ont porté Ouattara au pouvoir, mais qui a eu une relation pas trop amicale avec le président, a publié un message sur Facebook mercredi soir, appelant l'armée à rejoindre le gouvernement d'opposition.

"Je vous demande de désobéir aux ordres illégaux et de rejoindre le Conseil national de transition", a-t-il déclaré. "Nous ne pouvons pas, par peur, permettre la dictature d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire."

 

 

Le président Henri Konan Bédié du CNT, en résidence surveillée. photo/censors

Des manifestants contre le 3e mandat, "raflés" à Abidjan. Photo/censors.

La police dans une rue à Abidjan. photo/censors

 

 

Pascal Affi N 'guessan (arrêté), symbole d'une opposition embastillée par le pouvoir.Photo/censors

La crise imminente dans un pays fracturé

La crise imminente a suscité des inquiétudes quant à l'instabilité du premier producteur mondial de cacao, où une guerre civile a tué 3 000 personnes en 2010-2011 suite à une élection contestée entre Ouattara et son prédécesseur, Gbagbo.

Ouattara a été le vainqueur reconnu internationalement de l'élection contestée de 2010, au cours de laquelle le président Gbagbo a refusé de reconnaître sa défaite. Les deux hommes ont organisé leurs propres cérémonies d'investiture, et l'impasse a persisté pendant des mois jusqu'à ce que les forces pro-Ouattara capturent Gbagbo dans son bunker souterrain.

Gbagbo a ensuite été acquitté de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, bien que les procureurs aient interjeté appel. Le passeport ivoirien pour un retour sur ses terres natales lui a été refusé par Ouattara.

Les critiques affirment que le gouvernement de M. Ouattara n'a pas réussi à réaliser la réconciliation nationale, concentrant les poursuites sur les crimes commis par les loyalistes de Gbagbo dans ce qui est devenu une chasse aux sorcières.

L'agence des Nations unies pour les réfugiés a récemment indiqué que plus de 3 200 personnes avaient fui vers les pays voisins, le Liberia, le Ghana et le Togo, par crainte de violence.

La chevauchée sur le dos d’un tigre qui a faim est un risque qui ne peut être que périlleux.

 

Claude B. Djaquis

Editor-In-chief

Ivory Coast Tribune